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Impact environnemental, clinique et économique d’un régime méditerranéen végétalien vs traditionnel : résultats de l’étude OMNIVEG

Le régime méditerranéen vegan vs traditionnel.

Le régime méditerranéen (MedDiet)1 est l’un des modèles alimentaires les plus étudiés et reconnus pour la prévention des maladies cardiovasculaires et métaboliques, pour ses qualités anti-inflammatoires, mais aussi pour la promotion du bien-être général et de la longévité. Il se caractérise par une alimentation majoritairement végétale, riche en fruits et légumes, légumineuses, céréales complètes, noix et huile d’olive, associée à une consommation modérée de poisson, volaille, produits laitiers fermentés et vin, et à une faible consommation de viande rouge et produits ultra-transformés.

Cependant, dans un contexte de crise climatique et de dégradation des écosystèmes, la question de l’empreinte environnementale et de la soutenabilité de tout régime alimentaire doit être questionnée. Les produits d’origine animale, même consommés de façon modérée, contribuent de manière disproportionnée aux émissions de gaz à effet de serre, à l’usage des terres et de l’eau, et à la perte de biodiversité. Parallèlement, les régimes végétaliens, centrés sur les aliments d’origine végétale, apparaissent comme des options potentiellement plus compatibles avec les objectifs de santé publique et de durabilité environnementale (cf notre position sur la place de la végétalisation dans l’alimentation durable2).

Cette problématique s’inscrit dans une approche « One Health3 » (une seule santé), qui reconnaît les interdépendances entre la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes. Dans cette perspective, l’alimentation constitue un levier central : elle influence directement la santé humaine via les apports nutritionnels et le risque de maladies chroniques, mais aussi la santé animale et la biodiversité via les systèmes de production, ainsi que la santé des écosystèmes via les émissions de gaz à effet de serre, la pollution, l’usage des terres et de l’eau. Promouvoir des régimes alimentaires qui soient à la fois bénéfiques pour la santé humaine et respectueux des limites planétaires répond donc pleinement aux objectifs One Health.

Dans ce contexte, l’étude OMNIVEG apporte un éclairage original en comparant, chez des hommes jeunes et en bonne santé, une version traditionnelle du régime méditerranéen et une version strictement végétalienne (« vegan MedDiet »), sur le plan de l’impact environnemental, du coût alimentaire et des paramètres de santé cardiométabolique.

Dans cet article, nous allons revenir sur l’actualisation de la définition du régime méditerranéen, les résultats environnementaux et économiques de l’étude OMNIVEG4, et les résultats de santé issus du volet clinique de l’étude OMNIVEG5.

Le régime méditerranéen « actualisé » en 2025

La nouvelle représentation de la pyramide méditerranéenne proposée en 20256 met l’accent sur trois dimensions : santé, durabilité environnementale et patrimoine culturel. Elle confirme le caractère essentiellement végétal du MedDiet, en plaçant à la base de la pyramide : les fruits et légumes, les légumineuses, les céréales complètes, les noix et graines, ainsi que l’huile d’olive vierge extra comme principale source de lipides.

Image tirée de l’article : Mediterranean diet: Why a new pyramid? An updated representation of the traditional Mediterranean diet by the Italian Society of Human Nutrition (SINU)

Les produits d’origine animale (poisson, volaille, œufs, produits laitiers) y occupent une place plus réduite et clairement encadrée, avec une recommandation de consommation modérée, tandis que la viande rouge et les produits ultra-transformés sont relégués au sommet de la pyramide (à consommer rarement, donc).

La nouvelle définition insiste également sur la dimension « mode de vie » du MedDiet, incluant l’activité physique régulière, la convivialité des repas, le respect de la saisonnalité et de la biodiversité, ainsi que la réduction du gaspillage alimentaire.

Cette mise à jour de la pyramide converge avec les recommandations internationales (FAO, OMS, EAT-Lancet) qui plaident pour des régimes plus végétalisés (« plant-based ») pour réduire le risque de maladies chroniques et l’impact environnemental de l’alimentation. Elle ouvre aussi la possibilité d’interpréter le MedDiet vers des versions plus ou moins riches en produits d’origine animale, jusqu’à des déclinaisons entièrement végétaliennes qui respectent les principes de base (aliments peu transformés, abondance de végétaux, huile d’olive, etc.).

Ce que l’équipe de chercheurs·euses de l’étude OMNIVEG ne s’est pas privée de faire !

Qu’est-ce que l’étude OMNIVEG ?

L’étude OMNIVEG est un essai croisé contrôlé réalisé à Madrid, incluant des hommes physiquement actifs, âgés de 18 à 40 ans, avec un IMC normal et sans pathologie chronique connue. Les participants, qui avaient une alimentation déjà très proche du MedDiet traditionnel, ont d’abord suivi pendant trois semaines un régime rigoureusement conforme aux grands principes du MedDiet traditionnel. Puis, après une semaine de « washout », ils ont adopté pendant quatre semaines une version isocalorique végétalienne du régime méditerranéen, avec substitution systématique des produits d’origine animale par des sources végétales de protéines et de lipides, ainsi qu’une complémentation en vitamine B12.

Différents tests ont été pratiqués sur les participants après la fin de chaque phase.

La composition des menus a été ajustée pour maintenir un apport énergétique équivalent entre les deux phases, mais remplaçant la viande, le poisson, les œufs et les produits laitiers par des légumineuses, des noix, des céréales complètes et des alternatives végétales minimales (par exemple boissons végétales et yaourts végétaux). Les apports alimentaires ont été évalués par des rappels de 24 heures, plusieurs fois par semaine, et analysés via un logiciel de nutrition standardisé.

Image tirée de l’étude « The OMNIVEG STUDY: Health outcomes of shifting from a traditional to a vegan Mediterranean diet in healthy men. A controlled crossover trial »

Sur le plan environnemental et économique, l’étude OMNIVEG a calculé l’empreinte globale des régimes en utilisant une analyse du cycle de vie (ACV) basée sur la base Agribalyse et la méthode ReCiPe 2016, couvrant différents indicateurs de santé humaine, d’impact sur les écosystèmes et sur les ressources. Pour le volet économique, les auteurs·rices ont estimé le coût journalier de l’alimentation à partir des prix de détail des aliments, ajustés aux portions comestibles, selon les données nationales espagnoles.

En parallèle, le volet clinique (publié dans Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases) a mesuré la condition cardiorespiratoire, le profil lipidique, la composition corporelle et certains paramètres métaboliques avant et après le passage du MedDiet traditionnel au vegan MedDiet.


Résultats environnementaux et économiques de l’étude OMNIVEG

Sans surprise, les résultats environnementaux de l’étude OMNIVEG montrent une réduction de l’empreinte écologique lorsque les participants passent de la version traditionnelle à la version végétalienne du MedDiet. Les indicateurs « endpoint » ReCiPe « santé humaine », « écosystèmes » et « ressources » sont réduits respectivement de 54,5%, 50,9% et 43,4% avec le vegan MedDiet, par rapport au MedDiet traditionnel, chez les mêmes individus.

L’empreinte carbone journalière (lié au réchauffement climatique) passe ainsi de 6,26 kg CO₂eq à 2,57 kg CO₂eq, ce qui illustre la très forte contribution des produits d’origine animale – notamment la viande et les produits laitiers – aux émissions totales. De plus, la plupart des indicateurs « midpoint » (acidification, eutrophisation, toxicité, utilisation des terres, consommation d’eau, etc.) montrent des réductions significatives, allant d’environ 15% à plus de 70% selon la catégorie d’impact.

Ces résultats démontrent qu’une version végétalienne du régime méditerranéen, structurée selon les mêmes principes de variété, de densité nutritionnelle et de utilisation de l’huile d’olive, peut être non seulement plus respectueuse de l’environnement, mais aussi potentiellement plus en accord avec les objectifs One Health, en réduisant les pressions sur les écosystèmes tout en favorisant la santé humaine.

Sur le plan économique, le passage au vegan MedDiet se traduit par une baisse moyenne de 16,3% du coût alimentaire journalier, malgré une augmentation de la consommation de noix et certains produits végétaux légèrement plus chers. Ce gain s’explique principalement par la diminution de la consommation de poisson, de viande et de certains produits d’origine animale coûteux, remplacés par des légumineuses et des autres aliments végétaux relativement bon marché.

Ces résultats démontrent qu’une version végétalienne du régime méditerranéen peut être non seulement plus respectueuse de l’environnement, mais aussi plus abordable économiquement, du moins dans le contexte étudié. Ils confirment la cohérence entre la nouvelle définition du MedDiet orientée vers la durabilité et la possibilité de déclinaisons plus végétalisées alignées avec ces objectifs.


Résultats de santé de l’étude OMNIVEG

Le volet clinique de l’étude OMNIVEG s’intéresse principalement aux effets du passage du MedDiet traditionnel à un vegan MedDiet sur la condition cardiorespiratoire, les lipides sanguins et certains paramètres cardiométaboliques chez les participants. Les participants à l’étude avaient déjà à l’inclusion une adhésion globale aux principes du MedDiet, ce qui implique qu’ils partaient d’un régime déjà considéré comme cardioprotecteur.

Malgré ce point de départ favorable, la substitution des produits d’origine animale par des alternatives végétales isocaloriques s’est accompagnée d’améliorations nettes du profil lipidique. Le passage au vegan MedDiet réduit la concentration sanguine de cholestérol total de 22,6 mg/dL et celle du LDL-cholestérol de 12,8 mg/dL. Une corrélation inverse significative est observée entre l’apport en fibres alimentaires et les niveaux de LDL-C, suggérant que l’augmentation des apports en fibre joue un rôle important dans l’amélioration du profil lipidique.

Par ailleurs, l’étude rapporte des améliorations de la condition cardiorespiratoire et de certains marqueurs cardiométaboliques, même si les participants étaient déjà actifs et relativement en bonne santé. Ces résultats rejoignent ceux d’autres essais montrant qu’une alimentation végétalienne bien conçue améliore la sensibilité à l’insuline, réduit l’inflammation systémique et la masse grasse, y compris dans des populations ne souffrant pas d’obésité7.

Les auteurs·rices concluent que, chez des hommes physiquement actifs et en bonne santé, l’adoption d’un vegan MedDiet – en substituant protéines et graisses d’origine animale par des sources végétales – améliore plusieurs paramètres de santé cardiométabolique par rapport à un MedDiet traditionnel, déjà considéré comme bénéfique. Ces données suggèrent qu’on peut renforcer encore les bénéfices cardiométaboliques du MedDiet en accentuant la part de végétaux et en limitant davantage les produits d’origine animale, en cohérence avec les orientations de la pyramide de 2025.


Résultats globaux de l’étude OMNIVEG

L’étude OMNIVEG illustre de manière très concrète qu’une alimentation végétale suivant les principes traditionnels du MedDiet permet à la fois de favoriser la santé humaine, respecter les limites planétaires et rester économiquement accessible. En comparant deux régimes proches sur le plan culturel et structurel, l’un incluant des produits d’origine animale et l’autre strictement végétalien, elle montre qu’un déplacement marqué vers les protéines végétales peut réduire fortement l’empreinte environnementale, diminuer les coûts, et améliorer le profil cardiométabolique, même chez des individus déjà relativement protégés par un MedDiet traditionnel.

Ces résultats font écho à la mise à jour de 2025, dans laquelle la nouvelle pyramide méditerranéenne accorde une place centrale aux aliments végétaux et intègre explicitement la dimension de durabilité environnementale (dimension intégrée également dans les dernières recommandations françaises). Ils suggèrent que l’on peut raisonnablement envisager le MedDiet comme un spectre de pratiques alimentaires allant de formes « classiques » modérément omnivores à des formes plus « vertes » ou végétaliennes, sans renier l’identité méditerranéenne dès lors que sont respectés les piliers culturels (huile d’olive, convivialité, saisonnalité, etc.).

De plus, l’amélioration du LDL-cholestérol et d’autres paramètres cardiométaboliques avec le vegan MedDiet renforce l’idée qu’un « MedDiet plus végétal » peut apporter des bénéfices supplémentaires pour la prévention des maladies cardiovasculaires, en particulier chez les sujets ayant un risque accru (surpoids, dyslipidémies, syndrome métabolique). Ces bénéfices s’ajoutent aux effets déjà bien documentés du MedDiet classique sur la réduction du risque de diabète de type 2, d’événements coronaires et de mortalité globale.

En pratique, l’étude OMNIVEG et la nouvelle définition du MedDiet convergent vers un message simple : pour concilier santé et durabilité, il est pertinent de déplacer encore davantage le centre de gravité du régime méditerranéen vers les aliments d’origine végétale, en réduisant au minimum la consommation de viande rouge, en modérant les autres produits d’origine animale, et en valorisant les légumineuses, les noix, les céréales complètes et les fruits et légumes.


Limites de l’étude OMNIVEG

Comme toute étude contrôlée, OMNIVEG présente plusieurs limites.

L’échantillon est restreint (14 hommes) et homogène (jeunes, actifs, sans pathologie chronique), ce qui limite la généralisation des résultats à des populations plus diverses, notamment aux femmes, aux sujets plus âgés ou aux personnes avec comorbidités.

La durée de l’intervention (quelques semaines pour chaque phase) ne permet pas d’évaluer les effets à long terme.

Sur le plan économique, les estimations de coût reposent sur des prix de détail dans un contexte donné (Espagne) et doivent être à relativiser pour d’autres pays ou groupes socio-économiques.


Conclusion

L’étude OMNIVEG montre que, chez des hommes jeunes, actifs et en bonne santé, le passage d’un MedDiet traditionnel à une version strictement végétalienne réduit l’impact environnemental et le coût alimentaire, tout en améliorant le profil lipidique et plusieurs paramètres cardiométaboliques déjà bons.

Ensemble, ces éléments suggèrent qu’un « régime méditerranéen végétalien » respectant les principes de base du MedDiet représente une opportunité réaliste pour aligner les objectifs de santé humaine, de santé animale et de santé des écosystèmes dans une approche One Health cohérente, sans compromettre l’accessibilité économique.

Ils invitent chercheurs·euses, clinicien·ne·s et décideurs·euses à considérer plus sérieusement les déclinaisons fortement végétalisées du MedDiet comme des modèles de nutrition durable pour le XXIᵉ siècle.

Magali Chailloleau, Diététicienne et membre du Conseil Scientifique de l’ONAV

  1. Daley SF, Hinson MR. Mediterranean Diet. [Updated 2026 Jun 19]. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2026 Jan-. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK557733/ ↩︎
  2. https://lonav.fr/position-de-lonav-sur-la-place-de-la-vegetalisation-dans-lalimentation-durable/ ↩︎
  3. Approche « Une seule santé » par l’OMS : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/one-health ↩︎
  4. López-Moreno M, Marrero-Fernández P, Galiana C, Aguilar-Navarro M, Muñoz A, Gutiérrez-Hellín J, Fresán U. Environmental and economic impact of a vegan versus traditional mediterranean diet: OMNIVEG study. Eur J Nutr. 2026 Mar 17;65(3):97. doi: 10.1007/s00394-026-03939-3. PMID: 41843153; PMCID: PMC12995930. ↩︎
  5. López-Moreno M, Fresán U, Del Coso J, Aguilar-Navarro M, Iglesias López MT, Pena-Fernández J, Muñoz A, Gutiérrez-Hellín J. The OMNIVEG STUDY: Health outcomes of shifting from a traditional to a vegan Mediterranean diet in healthy men. A controlled crossover trial. Nutr Metab Cardiovasc Dis. 2024 Dec;34(12):2680-2689. doi: 10.1016/j.numecd.2024.08.008. Epub 2024 Aug 23. PMID: 39358106. ↩︎
  6. Sofi F, Martini D, Angelino D, Cairella G, Campanozzi A, Danesi F, Dinu M, Erba D, Iacoviello L, Pellegrini N, Rossi L, Vaccaro S, Tagliabue A, Strazzullo P. Mediterranean diet: Why a new pyramid? An updated representation of the traditional Mediterranean diet by the Italian Society of Human Nutrition (SINU). Nutr Metab Cardiovasc Dis. 2025 Aug;35(8):103919. doi: 10.1016/j.numecd.2025.103919. Epub 2025 Feb 21. Erratum in: Nutr Metab Cardiovasc Dis. 2025 Nov;35(11):104263. doi: 10.1016/j.numecd.2025.104263. PMID: 40087038. ↩︎
  7. Thomas MS, Calle M, Fernandez ML. Healthy plant-based diets improve dyslipidemias, insulin resistance, and inflammation in metabolic syndrome. A narrative review. Adv Nutr. 2023 Jan;14(1):44-54. doi: 10.1016/j.advnut.2022.10.002. Epub 2022 Dec 17. PMID: 36811593; PMCID: PMC10103000. ↩︎

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