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Contexte et objet
La carence en fer est l’un des déficits nutritionnels les plus répandus dans le monde. L’organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’elle est la principale cause d’anémie, touchant 33 % des femmes non enceintes, 40 % des femmes enceintes et 42 % des enfants. Cette forte prévalence s’observe toutefois principalement dans les pays à faibles et moyens revenus, ce qui complique l’établissement d’une vision universelle des carences. Nous nous concentrerons sur les données issues de la population française ou de pays comparables. En France, la carence en fer concerne surtout les personnes menstruées. Les différentes enquêtes de nutrition semblent indiquer des difficultés pour obtenir des apports satisfaisants dans cette condition. Environ 25% des personnes avec des menstruations présentent un déficit en fer et environ 5 % une anémie associée. La carence en fer peut s’accompagner d’une diminution de la qualité de vie. En France, l’Assurance maladie indique qu’en 2024 plus de 30 millions d’examens biologiques pour évaluer le statut en fer ont été prescrit. Cela témoigne d’un intérêt important concernant ce minéral.
La viande rouge est fréquemment citée comme source majeure de fer. En effet, elle contient du fer héminique qui semble mieux absorbé que le fer non-héminique. Cependant, les recommandations actuelles incitent à limiter la consommation de viande rouge en raison de ses impacts défavorables sur la santé publique, l’environnement, le bien-être animal et la justice sociale. Il semblerait que cela présente un dilemme. Est-il possible de réduire la consommation de viande rouge tout en maintenant des apports suffisants en fer ?
Pour pouvoir répondre à cette question nous allons d’abord apporter des éléments pour comprendre le métabolisme du fer et ses différents rôles. Il conviendra ensuite de nous intéresser aux différents éléments qui peuvent modifier sa biodisponibilité, ainsi que les différents éléments nous permettant de mesurer le statut en fer des personnes. Quelles sont les conséquences d’une carence ou d’un excès de fer ? Nous nous intéresserons ensuite aux personnes avec une alimentation végétarienne et végétalienne : est-il possible d’avoir suffisamment de fer sans consommer de la viande ? Enfin nous essayerons d’établir les différents éléments qui peuvent permettre d’avoir le fer dont nous avons besoin.
Résumé
Le fer a de multiples fonctions dans l’organisme dont la formation des érythrocytes et la synthèse d’enzymes.
Le fer est apporté par l’alimentation. En absence de système d’élimination modulable, son absorption est régulée pour éviter un surdosage.
L’hepcidine est l’hormone de régulation du métabolisme du fer. Elle a également un rôle dans les infections et l’inflammation.
L’alimentation aborde 2 types principaux de fer : héminique (lié à l’hème), non héminique (lié ou non à la phytoferritine).
L’absorption du fer, particulièrement du fer libre, semble influencée par le contexte alimentaire et aussi par des éléments non alimentaires.
L’inflammation peut conduire à une séquestration du fer et à une diminution de son absorption.
Le fer héminique apparaît avoir une absorption plus importante que le fer libre. Concernant le fer lié à la ferritine, nous manquons d’élément.
Le déficit en fer évolue d’une diminution des réserves, diminution peu importante de l’hémoglobine jusqu’à l’anémie.
La carence en fer peut altérer la qualité de vie bien avant le stade de l’anémie. Les différents symptômes peuvent être : fatigue, troubles de la concentration, fléchissement thymique, syndrome des jambes sans repos…
L’excès de fer peut également poser des problèmes de santé.
Le fer héminique semble être un facteur de risque de nombreuses pathologies dont les maladies cardiovasculaires, le diabète de type II, les cancers, des pathologies neurodégénératives et aggraver des pathologies existantes.
Le fer héminique, et la consommation de viande, semble présenter davantage de conséquences négatives sur la santé que de bénéfices potentiels liés aux apports en fer.
En France, 6.9 % des adultes présentent une carence en fer et 9.1 % un déficit. Les personnes menstruées portent le plus lourd fardeau. Elles sont plus de 20% à présenter une carence en fer.
Le déficit en fer est une carence fréquente dont la principale étiologie en France sont les pertes menstruelles.
Le fer héminique est en moyenne mieux absorbé que le fer non-héminique. Cependant, dans certaines circonstances, le fer non-héminique peut être aussi bien absorbé que le fer héminique.
Il n’y a pas plus de d’anémie ferriprive dans les populations qui ont végétalisé partiellement ou totalement leur alimentation.
La réserve en fer semble plus basse dans les populations qui ont végétalisé partiellement ou totalement leur alimentation. Cependant cette différence semble s’estomper si on prend en compte les facteurs inflammatoires qui majorent la concentration des marqueurs des réserves en fer dans les populations qui consomment de la viande.
Il apparaît pertinent que des études explorent le lien entre les pathologies causées par un déficit en fer et leur prévalence dans les populations qui ont végétalisé leur alimentation afin d’aboutir potentiellement à des valeurs différentes concernant les marqueurs du fer indiquant une carence.
La balance bénéfice/risque entre les apports en fer et la majoration du risque de développer certaines pathologies n’est pas en faveur d’une augmentation de la consommation de viande.
Ainsi, il apparaît délétère de proposer d’augmenter la consommation de viande rouge pour améliorer les apports en fer. Ce conseil est encore plus à bannir en cas de personnes avec une alimentation végétarienne ou végétalienne.
Les valeurs de la ferritinémie pourraient être revues à la hausse avec un déficit si < 50 µg/L et une carence si < 30 µg/l (en absence de syndrome inflammatoire).
L’alimentation peut jouer un rôle dans la survenue d’une carence en fer. Mais celle-ci n’est pas déterminée par le degré de végétalisation des repas de la personne.
Pour améliorer les statuts en fer, plusieurs points apparaissent indispensables
- une modification des seuils de l’anémie pour les femmes.
- une recherche plus systématique d’une carence.
- une meilleure communication sur l’impact bénéfique de la végétalisation de l’alimentation.
- des campagnes pour informer sur les paramètres à optimiser pour améliorer l’absorption du fer.
- Le fer héminique ne constitue pas un argument justifiant le retard dans la transition vers une alimentation plus végétale.
Pour garantir des apports en fer adéquats, il est important de modifier l’environnement alimentaire afin de faciliter l’accès aux aliments d’origine végétale.
En cas de besoin, la supplémentation en fer semble être la solution la plus saine.
La supplémentation en fer ne doit se faire qu’en cas de déficit biologique avéré. Celle-ci est mieux supportée si intermittente.
En cas d’échec il est possible de recourir à une correction du fer par voie intraveineuse en milieu hospitalier.